Béatrice FORTIN, un voyage imaginaire et coloré

Texte crit par Denis-Louis Colaux

Texte écrit par Denis-Louis Colaux :

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/09/08/beatrice-fortin-artiste-peintre-7918346.html

 

Béatrice Fortin

https://www.facebook.com/beatricepeintre
https://www.facebook.com/beatrice.fortin.16
http://www.beatricefortin.com/
http://www.artmajeur.com/en/art-gallery/beatrice-fortin/2... 

Ce que dit l’artiste à propos de son travail

Mon travail artistique dévoile un monde imaginaire qui met en scène la libre expression de l'inconscient…  Tel un rêve éveillé ou prémonitoire, les histoires racontées traduisent souvent une intuition cachée. Sans volonté particulière de transcrire un message, chaque toile achevée laissera pourtant apparaître une symbolique mise en avant par une carte de l’Oracle de Belline. (Photo de l'artiste : DR, Ouest-France, archives du lundi 08/10/2012).

Ce qu’est l’Oracle de Belline :

"Beaucoup pensent que cet oracle porte le nom de son créateur mais en fait, il n’en est rien. En réalité, ce jeu de carte fut dessiné par Jules-Charles-Ernest Bilaudot (1829 – 1881), plus connu sous le nom d’Edmont Billaudot. Ce personnage fut l’un des plus grands voyants de son époque. Ses consultants furent Alexandre Dumas, Napoléon III, Victor Hugo et bien d’autres…

C’est dans les années 1865 qu’Emond Billaudot dessina ce jeu du tarot divinatoire qui puise l'essentiel de son inspiration dans le tarot de Marseille, dans le Grand Eteilla mais aussi dans les représentations religieuses, kabbalistiques ou chevaleresques... C’est donc un oracle assez complet. (Photo prélevée dans l'espace facebook de l'artiste)

Ce jeu divinatoire aurait pu tomber dans l’oubli mais hasard ou destin, allez savoir, un siècle après, un homme nommé Belline, également voyant, mit la main dessus. Comme le disent les Canadiens, il tomba en amour pour ce jeu et il entreprit de l’étudier mais aussi de le perfectionner. C’est lui qui donna le nom à cet oracle."

(Sources : http://www.cosmopolitan.fr/,l-oracle-de-belline-origine-et-interpretation-des-cartes,2510819,1435785.asp)

Ce que nous pensons de l’artiste :

Béatrice Fortin est une artiste peintre française née en 1971 et établie à Angers depuis une quinzaine d’années. C’est son imaginaire, confie-t-elle, qui lui fournit la matière de son travail. Je suis trop extérieur à ces conceptions pour juger de l’intérêt de la présence du jeu divinatoire dans l’œuvre ou des vertus intuitives de l’œuvre. Mais il y a là, dans ce beau jeu autour du rêve et de la captation des signes prémonitoires, quelque chose qui me fait penser aux univers de l’aventure surréaliste. Fellini, que j’aime passionnément, accordait une attention soutenue à tous ces signes. Y a-t-il, dans cette féerie captivante et étonnante, divination, voyance ? Pourquoi pas ! Je note surtout qu'il y a féerie, qu'il y a immersion en eaux troublantes.  Mais plus encore, j’aime que la capture et l’éclosion d’un rêve (éveillé ici), l’inspection par l’artiste des fruits de son imaginaire, la prospection des veines de son inconscient conduisent à l’édification d’une œuvre. Il y a, dirai-je, dans l’imaginaire de l’Angevine, un climat et des conditions atmosphériques favorables à l’éclosion de superbes fleurs exotiques, merveilleusement colorées, parfumées de fragrances légères et allègres, parfois épicées d’une pointe de substance hallucinogène. Il y a du bonheur à entrer et à s’attarder dans cet univers fol et charmant, aérien, léger, festif. Dans cet univers embelli de papillons sublimes, déboîté par des perspectives affolées, les lois de la pesanteur semblent contestées avec cette formidable puissance de la logique onirique. Il y a, me semble-t-il, une parenté avec l’humeur festive, bariolée et enjouée du cirque, une once de Chagall et quelque chose de fleuri qui rappelle les aimables griseries du flower power. Un sens poétique très sûr cohabite avec un humour convaincant. L’écrit, la parole sont dans l’œuvre. Et plus on le scrute, plus l’univers de l’artiste est complexe, luxuriant, ambigu, riche : il a cette élasticité que prend le rêve qui s’éloigne des données du réel et entre dans une dilatation curieuse dont une certaine angoisse, une inquiétude ne sont pas exclues. Il a l’aspect d’une jungle dense, saturée de couleurs, peuplée d’une faune et d’une flore souvent séduisantes. Ici, les femmes, très belles, portent parfois des moustaches, les hommes ont quelquefois une féminité délicieuse, et, comme dans le rêve, les identités s’entremêlent, les apparences jettent la confusion. L’univers du conte, et, sous-jacente, sa dimension psychanalytique, se manifeste dans l’œuvre, celui également de la fête foraine, des chevaux de bois qui ici semblent entrés en vie, comme le Pinocchio de Gepetto. On vole ici, à l’instar d’Icare, avec les oies, les papillons, les vieux coucous sublimes, les mythes.

Et pourtant, en reconnaissant l’aspect d’étrangeté qui enrichit cette œuvre passionnante et foisonnante, je reste sur cette impression dominante de plaisir, de création libératrice, de joie, de fête, d’agrément, de charme. Car l’œuvre, essentiellement, est aimable, courtoise, ludique même si elle révèle, ça et là, la présence d'un danger, d'une menace, même si elle évoque parfois l'image du cauchemar ou de l'oppression. Elle réenchante notre univers lugubre, réel, mécanique, rationnel, elle prend distance avec la dictature du vraisemblable. Elle lit le monde autrement, avec l’agrément du charme, la liberté de l’invraisemblance, avec les verres correcteurs du rêve, avec la réquisition des signes, avec la volatilité de la pensée. Et l’œuvre est une braise ardente, attisée par le feu splendide des couleurs, la rotation dans laquelle elle semble prise tout entière. Elle réenchante en même temps qu’elle déconcerte en nous plaçant sur le seuil de ce monde étrange, singulier et qui est pourtant un peu le nôtre, qui fait partie de nos séances de projection nocturnes et intimes, qui appartient à cette part de nous qui nous surprend et se joue un peu à l’écart de notre arbitrage. Parmi tous les charmes de cette œuvre, j’aime celui-là par lequel nous nous penchons sur le fastueux miroir de notre irrationalité. A travers la peinture de Fortin, une porte s’ouvre sur nous-mêmes, sur les territoires singuliers et féconds de notre inconscient, sur cet inconnu que nous sommes à nos yeux. Une porte sur le mystère de l’être, sur les signes qui se manifestent autour de lui, sur la présence de l’autre dans l’univers privé de l’un, sur les fastueux scénarios que nous écrivons sur la feuille volatile du rêve, dans le ciel des nuages de nos pensées. Il me semble que Béatrice Fortin fonde une œuvre sur cette étrange beauté, ce fastueux imagier que nous laissons fuir et se perdre hors de nous. Comme une orpailleuse seulement intéressée par l’or du temps, elle recueille, met en scène et projette sur la toile les précieuses, les inutiles, les indispensables paillettes de l’imaginaire. Je suis de ceux qui pensent qu’elle a inventé un trésor.

Contact ArtBook.Me © ArtBook.Me 2010 - 2018 - v 1.3
Mentions légales - Charte d'utilisation de ArtBook.Me - Déclaration CNIL n° 1561151